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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 15:07

~~ L’agriculture française semble à un tournant dramatique de son histoire, qui ne doit rien à l’activisme écologique. Car la ligne majeure de l’agriculture française, depuis plus d’un demi-siècle, est en effet le productivisme destiné à permettre aux paysans de s’intégrer au marché agro-alimentaire global. L’État français, comme l’Union européenne, ont soutenu la croissance de la productivité, l’ouverture aux marchés mondiaux, l’augmentation de la taille des exploitations, la réduction drastique du nombre d’agriculteurs et même l’adaptation de l’agriculture biologique aux exigences de l’agro-industrie mondialisée.

Sur un plan strictement économique, ce modèle est un échec ahurissant, puisque l’agriculture française ne survit que grâce à de massives subventions publiques. Le fait majeur reste que nos fermes familiales ne sont que rarement aptes à rivaliser avec les méga-structures du continent américain, voire avec l’agriculture allemande à grande échelle. La réponse de la technocratie est claire : il faut s’adapter, donc s’agrandir sur le modèle de la ferme des Mille Vaches. Les hauts fonctionnaires et les politiques partisans du TAFTA en sont déjà convaincus. Cette solution revient à une destruction rapide du modèle de la ferme familiale pérenne, qui participe de mille façons à la culture française.

Les tenants du productivisme n’envisagent pas une autre direction possible, où l’écologie n’est pas une entrave, mais bien au contraire une alliée incontournable, avec deux axes majeurs. Tout d’abord un vrai soutien à l’agriculture biologique, en maintenant les exigences françaises d’origine, donc loin de la course à la prime de conversion, actuellement scandaleusement démesurée. C’est ensuite la nécessaire relocalisation des circuits de commercialisation, par le soutien à la transformation fermière et artisanale, à la distribution régionalisée et indépendante de la grande distribution spéculative, notamment grâce à une fiscalité adaptée : à défaut d’un véritable protectionnisme européen ou français, il faut détaxer les produits commercialisés dans leur région d’origine et favoriser les magasins de producteurs. Ces axes de travail, qui seraient largement créateurs d’emplois locaux, paraissent d’autant plus pertinents qu’ils rencontrent l’attente des Français, comme le montre par exemple le spectaculaire développement des AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) sur tout le territoire, véritable réponse de la société civile aux multiples escroqueries de l’industrie agro-alimentaire.

L’option productiviste, à la remorque du mondialisme, nie donc le désir de survie des paysans comme les aspirations des autres Français, dans une fuite en avant absurde et destructrice. L’alternative se traduirait par une reconquête territoriale et économique, qui préserverait ce à quoi nous sommes tous attachés : l’entreprise familiale, l’enracinement régional des productions, la qualité alimentaire, la maîtrise du territoire et du paysage. Notre civilisation.

Vincent Gentil (éleveur bio)

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