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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 16:44

          

Bruno LemairePar Bruno Lemaire, professeur émérite HEC, conseiller économique de Marine Le Pen

L’argument, si on peut le qualifier ainsi, le plus courant des partisans de l’euro, en dehors du slogan « L’euro, c’est l’Europe, l’Europe c’est la paix, donc s’en prendre à l’euro c’est vouloir la guerre », est le suivant :
On ne peut revenir en arrière, bien ou mal, l’eurozone est un fait irrémédiable, une donnée incontournable.
Cette résistance au changement, et cette peur de l’inconnu, ne peuvent être négligées, comme le savent pertinemment les chefs d’entreprise – peu représentés au parlement ou au gouvernement – et autres « managers », ce mot anglo-saxon ne devant pas être confondu avec celui de gestionnaires. Les véritables « chefs » doivent entraîner leurs troupes, les gestionnaires ou administrateurs s’occupent de l’intendance, certes utile, mais qui ne se place pas au même niveau.
Or, tout se passe actuellement comme si nous – je veux dire les français – n’avions plus aux manettes de la France de chefs, de véritables leaders, mais uniquement des gestionnaires, des administrateurs, voire de simples employés, plus ou moins bien rémunérés par « le système » lequel, lui, a tout intérêt à ce que les véritables problèmes ne soient jamais soulevés.
Ces gestionnaires qui nous « gouvernent » soit ne voient pas le problème – ou ne le voyaient pas au moment où ils ont été élus _ soit, lorsqu’ils le voient, le mettent sur le dos de l’équipe de gestionnaires qui les ont précédé – en cachant soigneusement que l’Euro a été créé virtuellement dès le traité de Maastricht que les partis dits « de gouvernement » ont soutenus d’une même voix.


C’est bien pour cela que les partisans de ce système, UMP et PS confondus, font tout pour nier la responsabilité de la mise en place de l’euro, d’abord au niveau des transactions financières internationales, en 1998, puis au niveau des transactions quotidiennes, début 2002.
Les chiffres et les faits sont cruels, pourtant. Pour ne pas lasser le lecteur, je ne vais parler ici que de la France, ainsi que de son principal ex-partenaire, devenu son principal concurrent européen, à savoir l’Allemagne.
Dans la décennie qui a précédé la véritable création, concrète, de l’eurozone, à savoir 1992-2001, la France (comme l’Italie d’ailleurs) n’a cessé de gagner des parts de marché, à la fois vis-à-vis de l’Allemagne mais aussi vis-à-vis du reste du monde, alors que l’Allemagne, au contraire, suivait le chemin inverse. Deux chiffres vont illustrer à la fois cette bonne santé exportatrice de la France, avant 2002, et sa lente détérioration, après cette date.
Au cours de la première période cité, le solde commercial de la France avait atteint de l’ordre de 3 % de son PIB : fin 2012, hélas ce solde, devenu négatif, est voisin de 3,5 % du PIB français, soit une variation de 6.5 % : 130 milliards d’euros, bien supérieur au déficit public de la France, pourtant abyssal et insoutenable.
Autre statistique, corroborant la première : la France, de plus, a perdu, en 10 ans, 40 % de ses parts de marché à l’exportation, alors que l’Allemagne, elle, a peu ou prou conservé sa position au niveau global, avec des exportations culminant à 170 milliards d’euros, pour un déficit commercial de la France fluctuant depuis 2 ans autour de 70 milliards d’euros : 240 milliards de différence, contre une situation proche de l’équilibre en 2002. Seuls les aveugles et les gens de mauvaise foi peuvent nier cela.
Alors, que s’est t-il passé en 2002, au niveau économique et monétaire : la création de l’eurozone, faisant de 12 pays fort dissemblables des passagers d’une même bateau, qui apparaît de plus en plus ivre avec ses 5 nouveaux passagers, ainsi qu’une emprise de plus en plus grande de l’OMC avec ses doctrines de plus en plus libérales.
Même si comparaison n’est pas raison, et même si corrélation n’est pas cause comme disent les ‘experts’, il est difficile de ne pas s’interroger sur la concordance de ces 3 situations ou évènements : naissance de l’eurozone, libéralisme de plus en plus marqué (au moins au niveau de l’Europe), et enfin détérioration de plus en plus marquée de la situation économique de la France.
Nos idéologues et adversaires patentés auront beau jeu de nous rétorquer que ce nouveau contexte – ou cette évolution vers toujours plus de libéralisme – ne semble pas avoir gêné l’Allemagne, bien au contraire. Et, sur ce point, ils ont raison, même si leurs arguments sont erronés.
L’Allemagne n’est pas nécessairement plus vertueuse que les pays latins, sauf sur un point central, du moins à l’intérieur d’une zone monétaire : en Allemagne, toute hausse de prix injustifiée est considérée comme un sacrilège, et les politiques comme les corps intermédiaires feront tout pour échapper à ce mal qu’ils jugent absolu : l’inflation.
Que peut-on alors constater : que la hausse des prix et des salaires est restée fort sage en Allemagne, puisque l’évolution des salaires a suivi à peu près exactement, en Allemagne, l’évolution de la productivité apparente du travail – même si cette notion est discutable – ce qui a conduit à une modération du coût salarial – et donc à une maîtrise du chômage accompagnée d’une croissance des investissements productifs. En France, au contraire, les salaires, quoique modestes, ont cru plus vite (si l’on parle des salaires bruts, les salaires nets, eux ont eux aussi subi l’impact d’une taxation de plus en plus forte) que la productivité apparente du travail, mais sans doute pas plus vite que l’inflation réelle, supérieure à l’inflation officielle incapable de mesurer correctement l’impact du coût des logements sur la véritable hausse des prix.
Certes, l’Allemagne a aussi d’autres avantages particuliers : un réseau de PME bien plus important que la France, l’accès à des travailleurs qualifiés venant de l’Europe de l’Est et bien moins payés que le travailleur allemand ‘standard’, des syndicalistes plus auto-gestionnaires que révolutionnaires, une réputation ou un marketing « de qualité » de haut niveau.
Mais, en dehors de la monnaie commune et de l’afflux des travailleurs de l’Est, toutes ces caractéristiques existaient déjà avant la création de l’eurozone, et n’avaient pas empêché la France d’avoir une croissance supérieure à l’Allemagne dans de nombreux domaines, à tel point que l’on imaginait, au milieu des années 80-90 que la France allait pouvoir supplanter l’Allemagne en tant que – à l’époque – troisième puissance industrielle du monde.
Alors, oui, l’euro nous a apporté beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages, même s’il est vrai que sortir de l’eurozone ne sera ni facile ni une panacée. 12 ou 17 pays dans une même copropriété, dans une même zone économique, c’était sans doute une folie, mais la question qui se pose, c’est comment en sortir au mieux. Il est vraisemblable que c’est d’abord par le dialogue avec d’autres pays, qui ont subi la même dégradation de leur position économique, je veux parler notamment de l’Italie et de l’Espagne., en tentant de montrer comment la renaissance de monnaies nationales peut se conjuguer avec l’élaboration d’une nouvelle monnaie commune, qui aurait les avantages, sans les inconvénients du défunt ECU.
Mais cette collaboration monétaire ne peut se faire qu’en renouant avec des principes économiques de bon sens, ceux qui avaient été esquissés dans les principes de la charte de la Havane, à savoir le rééquilibrage des principaux flux, les flux de capitaux, les flux de biens, les flux de services, et enfin les flux migratoires. Sans ces équilibres, aucune nouvelle construction, à l’échelle de l’Europe des nations comme à l’échelle du monde, ne sera possible.
Dit ainsi, la question des déficits commerciaux ne peut que recevoir une seule réponse, celle d’un protectionnisme intelligent, ou raisonnable – position défendue d’ailleurs par Keynes dans les années 1930.
Bien entendu, nos adversaires tentent, là aussi, de caricaturer cette position en parlant de ligne Maginot ou de délire étatique, en feignant de croire que nous nous opposons à un fait avéré, à savoir la mondialisation et à l’internationalisation des échanges, alors que nous sommes contre le mondialisme qui n’est autre qu’une dérégulation à tout va (en dehors bien sûr des pays qui eux, protègent leurs frontières comme le Brésil, l’Australie, les USA ou la Chine, pour ne citer que les plus importants ou les plus emblématiques).
Il est si facile, du moins le pensent-ils, de prétendre que nous proposons des barrières protectionnistes, alors que nous parlons d’écluses commerciales de régulation des flux. Comme si un péage était un barrage, comme si une écluse était un muret ou une ligne continue de fortifications, comme si un Etat stratège, de type « plan à la française » avait quelque chose à voir avec l’Etat collectiviste de type soviétique.
Quarante ans de système UMP-PS et de financiarisation à outrance de l’économie, dans un contexte de « laissez-fairisme » de plus en plus important, ont montré, ou devraient avoir montré, leurs limites.
Les tenants de ce système nient pourtant cette situation, en prétendant, soit qu’il faudrait plus de fonctionnaires – ce qui peut, effectivement, résoudre à court terme la question du chômage, mais sûrement pas celle du pouvoir d’achat – soit, tout au contraire, qu’il faudrait réduire le rôle de l’Etat à la portion congrue. Dans la société libérale que nous appelons de nos vœux, société dans laquelle l’esprit de créer, d’entreprendre et de fabriquer doit rester le pilier de notre civilisation, le rôle d’un Etat stratège doit être de fixer des limites, stables et compréhensibles par tous, tout en assurant des missions que le service marchand n’a pas vocation à faire, même si des délégations de service public peuvent lui être accordées, sous contrôle du peuple, le seul à être souverain.
Mais cette souveraineté du peuple ne peut être effective que si notre pays a lui même retrouvé sa souveraineté monétaire, budgétaire, fiscale et enfin juridique, ce qui est très très loin d’être le cas dans l’Europe hyper-fédérale que nos ‘gouvernants’ – assujettis à la tristement célèbre troïka – nous proposent.
En sus des précédents argumentations, que nous avons montré être de simples arguties de peu de valeur, à savoir : on ne peut revenir en arrière et, l’Allemagne s’en sort bien, pourquoi pas nous, un dernier argumentaire nous est parfois opposé, celui du poids des dettes publiques, déjà abyssal, et qui devrait cataclysmique si, d’aventure, la monnaie nationale renaissait, non de ses cendres, mais de celles de l’euro.
C’est ainsi qu’une hypothétique dépréciation de 10 % du « franc nouveau » par rapport à « l’euro ancien » conduirait, d’après nos contradicteurs, à une augmentation vertigineuse de notre dette. On a même entendu certains experts parler de 300 à 400 milliards d’euros, ou d’équivalents, en « supplément ». Il est vrai que lorsque l’on a amené la dette publique de la France à avoisiner actuellement les 1930 milliards, on n’est plus à quelques centaines de milliards près. Plus le mensonge est gros, plus il passe semblent croire ces ‘experts’.
De fait, les vrais chiffres seraient dix fois moindres, à savoir d’une trentaine de milliards (soit le 1/3 du déficit annuel français actuel) pour une dépréciation de 10 % et, si nous voulions vraiment forcer le trait, d’une soixantaine de milliards pour une dépréciation de 20 %.
Sur les 1930 milliards euro de dette, seuls 15 % sont de droit international. Ce qui signifie qu’en cas du passage au « franc nouveau » suivi d’une dévaluation de 10 %, alors notre nouvelle dette serait de :
1930 * 85 % = 1640 milliards de Francs (conversion de 1 Franc pour 1 euro, comme cela nous le permet en droit français)

1930 * 15 % = 290 milliards de Francs à ré-évalués de 10 %, soit 290 + 29 = 319 milliards de Francs
Ce qui conduirait à une dette totale de 1640 + 319 = 1959 milliards de Francs. Pour une dévaluation du franc/réévaluation de l’euro de 20 %, ces 29 milliards de suppléments (en francs) se transformeraient en 58 milliards (en francs).
On reste bien loin de la catastrophe annoncée, surtout si l’on sait que le fait d’une dépréciation de 10 % conduirait à une croissance d’au moins un point de PIB, c’est-à-dire à 20 milliards d’euros (ou 22 milliards de francs), dont la moitié irait au trésor public, et à une diminution drastique de notre déficit commercial.
Mais cela, bien entendu, les tenants, avérés ou honteux du système UMPS ne veulent surtout pas l'admettre.




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