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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 18:36

 

Libres propos Bruno Lemaire, Professeur émérite HEC

Ni Marine Le Pen, ni personne d’autre dans son entourage ne dit qu’il faut sortir de l’Euro par pure idéologie. Nous avons simplement constaté les ravages que cette zone euro avait faits en 10 ans, ravages anticipés par beaucoup, et plus particulièrement par l’économiste Maurice Allais.

Les Français semblent pourtant favorables dans leur grande majorité à conserver cette monnaie. Cela semble aussi avoir été le choix des Grecs – même privés de référendum – alors que, pourtant, la moins mauvaise solution pour eux aurait été de sortir de l’Euro, voire d’aller jusqu’à répudier leurs dettes publiques. Même si aucune comparaison ne vaut raison, les Grecs auraient pu faire comme les Argentins.

Mais revenons aux faits, avant d’essayer de comprendre les peurs, les craintes et les souhaits de nos compatriotes.

La zone Euro, dans sa composition actuelle, et avec les décisions prises par la BCE, ne peut subsister sans causer des dommages de plus en plus irrécupérables, au moins du point de vue de la France et des Français.

En 10 ans, notre commerce commercial, qui était excédentaire en 2002, est devenu lourdement déficitaire : 70 milliards en 2011, dont 30 milliards de déficit avec l’Allemagne et 20 milliards avec la Chine.

Notre dette publique est passée de 900 milliards d’euros à plus de 1700 milliards fin 2011.

Notre chômage a explosé. 

45 milliards de capitaux ont quitté chaque année la France, en solde net, ce qui correspond aux 100 000 emplois industriels perdus annuellement pendant cette période.

Coïncidence ? C’est possible, mais peu probable. Il y a sans doute d’autres causes, comme la financiarisation de plus en plus poussée de notre économie, et la « chienlit laissez-fairisme » dont parlait aussi M. Allais. Ces autres causes, Marine Le Pen cherche aussi à les combattre.

Mais revenons à la seule question de l’Euro. Que pourrait-on faire pour rester dans la zone Euro, sans que cela ne conduise à une tragédie « à la grecque »?

Il faudrait pour le moins :

1) rééquilibrer les échanges intérieurs à la zone euro, si on ne peut toucher à ses parités « fixées dans le bronze », afin de respecter les articles 1 à 4 de la charte de la Havane, et éviter ainsi une guerre commerciale à l’intérieur même de la zone Euro (ou exiger de l’Allemagne qu’elle nous donne – pur don – les 30 milliards d’euros que sa monnaie sous-dépréciée nous coûte chaque année, argent que nous investirons pour rééquilibrer cette balance commerciale). Plus généralement, cela consiste à demander et obtenir une réciprocité dans les flux de capitaux, de biens, de service et de personnes.

2) exiger de la BCE qu’elle puisse financer directement les Etats – sous contrôle des représentants de leurs peuples respectifs – plutôt qu’uniquement leurs banques privées, dans une limite à débattre (abrogation des articles Maastricht104 et Lisbonne 123, (in-)dignes continuateurs de la loi de janvier 1973).

3) obtenir des USA et de la Chine une appréciation de leur monnaie contre l’euro, ce dernier étant trop cher d’au moins 10 à 15 %

4) séparer d’urgence les différents organismes bancaires et financiers, pour préparer le passage au « 100 % monnaie centrale émise par la banque centrale » réclamée par Fisher et Allais.
Ce sont quatre conditions minimum pour que l’euro reste viable.

Mais si une seule de ces conditions est impossible à réaliser, du fait de l’obstination ou la mauvaise volonté de l’une quelconque des instances qui nous imposent actuellement leur diktat et qui tentent de nous régenter- à savoir la BCE, le FMI, l’OMC ou Bruxelles, il n’y aura qu’une seule solution.

Pour éviter de faire subir au peuple français la longue agonie du peuple grec, il faudra transformer la monnaie unique actuelle en monnaie commune, transformation accompagnée d’un passage au franc2012 (ou à l’euro franc, ou à l’euro français …) ce qui aura aussi pour conséquence le passage à une souveraineté plus stricte, plus conforme à celle dont la France disposait avant 1973, pendant les Trente Glorieuses

Ce n’est évidemment pas par idéologie que nous nous opposons au maintien coûte que coûte de l’Euro, mais par réalisme, notre seul souci étant que (re)vive la France.

Nous ne pensons pas que cet objectif « que vive la France » soit possible dans les conditions actuelles de fonctionnement de l’Euro, même si nos adversaires affirment – sans aucun argumentaire sérieux à l’appui de leurs affirmations – que la disparition de l’Euro serait aussi la disparition de l’Europe et la déchéance de la France.

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Published by National & Populaire
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