Devant une assemblée de maires, le président de la République a donc jugé "hasardeuse" la mesure socialiste visant à accorder le droit de vote aux étrangers lors des élections locales. La contradiction n'effraie visiblement pas le futur candidat à sa succession.
Ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy évoquait, avec la même gravité, la même force de conviction, une mesure de "bon sens". Un immigré qui travaille et paye des impôts en France "doit pouvoir choisir son maire", disait-il. C'était en 2005 et face à la grogne - discrète - d'élus et de militants UMP, il avait ensuite exigé la réciprocité de la part des pays dont sont originaires les étrangers (hors UE) vivant dans l'Hexagone.
Une proposition minoritaire dans son camp que Nicolas Sarkozy a longtemps portée, défendue et assumée, en privé comme en public. À tel point qu'il aurait confié à l'un de ses visiteurs, en 2009, qu'il proposerait une loi sur le sujet s'il était réélu en 2012... Ainsi se posait-il en homme libre, faisant fi des doctrines partisanes. On ignore donc aujourd'hui la véritable raison de son revirement - même si on la devine, en jetant un oeil sur les sondages qui donnent Marine Le Pen à 20 % d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle.
"La droite a tort de se braquer sur cette question"
Il en est un autre, certes plus discret, qui s'est prononcé "à titre personnel" en faveur du droit de vote des étrangers aux élections locales. Il s'agit de Claude Guéant, aujourd'hui inlassable pourfendeur de cette proposition inscrite dans les priorités socialistes. Au printemps dernier, en marge d'un déplacement à Milan, bien avant que la Droite populaire ne rédige une pétition contre le vote des étrangers, le ministre de l'Intérieur confiait au Point y être favorable, "comme le président de la République". Il précisait cependant que les Français n'étaient "pas encore mûrs sur le sujet".
"La droite a tort de se braquer sur cette question. Les élus n'ont pas à craindre le vote des étrangers. Ces derniers ne croient plus aux idées de la gauche faites de misérabilisme et d'assistanat à leur égard. Ils voteront pour des maires de droite, si cette mesure entre en vigueur", analyse un important ministre de Sarkozy, qui se dit ouvert à l'extension du droit de vote pour les étrangers