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Quand Sarkozy donne des leçons à la Suisse, ça ne passe pas !

Depuis que Nicolas Sarkozy est venu leur rendre visite, les Suisses ne décolèrent pas. C’est ce que rapporte le quotidien suisse Le Matin, agacé de la prestation de notre ancien président au Swiss Economic Forum la semaine dernière à Interlaken : « Nicolas a fait son Sarkozy. »

Il y a eu d’abord « ses caprices » : la veille, il avait fait savoir que caméras et photos seraient interdites pendant l’intervention, de même que les questions sur la politique intérieure française. Il y a eu ensuite sa prestation : vendredi matin, selon Adolf Ogi, ancien président de la Confédération helvétique, « Nicolas Sarkozy a fait son numéro ». Et il a « manqué de respect à la Suisse », expliquant que celle-ci devait entrer dans l’Union européenne, qu’un pays ne pouvait pas être gouverné par un président qui change chaque année, ou que ce système avec sept conseillers fédéraux était désuet. L’éditorialiste du Matin commente aigrement : « Lorsqu’on vient à Interlaken devant Adolf Ogi, on se tient comme il faut, on essuie ses talonnettes avant d’entrer et on ne pisse pas contre les sapins. »

Les bras nous en tombent. Sarkozy n’aurait-il toujours pas compris ? Aucun de ces communicants chargés de modeler nos politiques, de les optimiser, de leur donner les éléments de langage et les postures, ne lui aurait donc expliqué ? Expliqué qu’il fallait changer ? Que, comme l’a reconnu François Hollande lui-même, il n’avait pas été battu en raison du « programme étincelant » de son adversaire mais parce qu’il était lui-même trop étincelant, rutilant, qu’il brillait de mille feux, et que la France – de moins en moins étincelante, elle – était épuisée d’être éblouie, voire aveuglée, par tant de bling-bling ?

De façon improbable, Hollande est arrivé au pouvoir grâce à ses allures modestes et sans prétention, son manque de charisme, ses costumes mal taillés de Bouvard et Pécuchet auxquels la France trouvait un charme rafraîchissant après les effets de manche de Bel-Ami, sans voir que président normal était synonyme de président ordinaire, et président ordinaire de président vulgaire. Courant le guilledou en scooter, s’asseyant avant la reine d’Angleterre, et laissant couler la France bras ballants, avec la même placidité bonhomme qu’il a pour tout.

Saperlipopette ! Sarkozy, en lequel tant de militants de l’UMP placent leur espoir, n’aurait toujours pas entrepris de se réformer ? En faut-il, du culot, eu égard à l’état de la France, pour aller donner des leçons à la Suisse. Comme un lièvre sémillant irait à l’arrivée dispenser ses doctes conseils à une tortue discrète mais victorieuse, pour la coacher un peu : la petite foulée, ce n’était pas ça, hein ? Travaillez un peu votre souffle. Puis faut changer de godasses, z’êtes grotesque avec ces pompes.

Les Suisses, forcément, sont fumasses, mais ils ne sont pas les seuls : les Français sont lassés d’avoir Les Bronzés à l’Élysée. Ont-ils pour autant envie d’y voir revenir un 007 façon Jean Dujardin, infatué et bombant le torse ?

Alors, que ses soutiens — et je sais que certains lisent Boulevard Voltaire — le lui fassent savoir de toutes les manières : il ne reviendra pas sans s’amender, les Français y veilleront. À tout péché miséricorde, mais pas sans contrition. Ils aspirent à un chef de l’État humble, scrupuleux, prudent, respectueux, tout préoccupé, non de son ego, mais de la France. Et qui le montre. (Gabriel Cluzel)

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