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Je n’ai pas changé… Et toi non plus, tu n’as pas changé », nous murmurait à l’oreille, il y a déjà quelques années, voix veloutée et sourire enjôleur, le crooner latin Julio Iglesias. Mais les paroles des chansons d’amour n’ont pas cours dans l’univers impitoyable de la politique. Le changement y est l’appétissante carotte, le plus souvent un attrape-nigaud, agitée sous le nez de cet éternel benêt qu’est l’électeur. Changer le monde puis, plus modestement, changer la vie, puis au moins changer la société, telles étaient les promesses, tels furent les slogans sur lesquels les socialistes firent campagne du temps qu’ils étaient – ou en tout cas se disaient – socialistes. Et François Hollande, il y a deux ans, se faisait encore élire sur le thème : « Le changement, c’est maintenant. » Le seul changement, hélas, c’était lui.
Le vaincu de mai 2012, qui piaffe dans les starting-blocks et crève d’impatience de nous faire pour la deuxième fois le don de sa personne, a parfaitement compris la leçon. Il ne peut ignorer qu’il n’a pas laissé un bon souvenir à ceux qui n’ont pas la mémoire courte. Il suit d’assez près la politique pour savoir qu’il n’est plus à même de faire le plein des voix de la droite comme il l’avait encore tenté (et presque réussi) lors de la dernière campagne présidentielle où sa plus grande erreur fut sans doute, dans un pays en voie de droitisation, de se rallier trop tardivement à la ligne que lui suggérait Patrick Buisson, alors son plus proche conseiller.
Les informations que distille déjà son entourage et les indications qu’il donne à ses innombrables visiteurs convergent. Si ses concurrents pour la présidence de l’UMP puis pour la primaire ouverte ne semblent pas – pas encore ? – prêts à s’effacer et à se retirer devant lui et s’il est actuellement incapable de rassembler son propre camp, il compte bien que son retour du cap Nègre et son irruption sur les plateaux de télévision prendront place dans l’épopée française au même titre que le retour de l’île d’Elbe et le débarquement à Golfe-Juan.
Pour commencer, ce n’est pas à la seule droite « républicaine » mais également au centre qu’il s’adressera dans l’espoir d’élargir son assise, de dépasser au premier tour le ou les candidats de la gauche et de bénéficier au second de leur retrait ou de leur désistement face à Marine Le Pen, comme ce fut le cas en faveur de Jacques Chirac en 2002. Et c’est donc sous le signe fracassant du changement qu’il mènera, tambour battant, son offensive. Changement de position sur l’échiquier politique, changement du nom de son parti, changement d’équipe, changement de programme et, pour couronner le tout, changement personnel, à défaut de changement de personne.
« J’ai mis à profit ma longue retraite, nous dira-t-il, pour réfléchir, pour me cultiver, pour penser, pour mûrir. Je ne suis plus celui que vous avez connu, agité, énervé, gesticulant, légiférant, vociférant, incohérent, ludion surfant sur l’actualité. J’ai la même énergie, mais j’ai découvert la sagesse. Je suis un autre. À cet autre, donnez sans crainte un mandat de cinq ans, vous ne vous en repentirez pas. »
Et dire qu’il y aura des millions de braves gens, de naïfs, de dupes et, qui sait, une majorité pour avaler toutes crues ces coquecigrues auxquelles le candidat lui-même, à force de les répéter, est bien capable de croire, le temps d’une campagne, et pour permettre au même acteur, dans le même rôle, de tourner la suite du premier épisode, avec les mêmes soutiens, les mêmes idées et les mêmes résultats.
Huit jours à l’Élysée et l’ancien Sarkozy percerait sous le masque du Sarkozy nouveau. Ce n’est pas à ce cavalier de retour, c’est à la France qu’il faut donner sa chance. DOMINIQUE JAMET