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19 mai 1940, le gouvernement Paul Reynaud au grand complet, radicaux-socialistes, bouffeurs de curés, francs-maçons, athées et agnostiques inclus, se retrouvait dans la vieille cathédrale de Paris pour y implorer Notre-Dame en personne d’intervenir en faveur de nos armées. La guerre avait brutalement cessé d’être drôle et déjà planait sur le pays l’ombre de la défaite. Douze jours plus tard, alors que l’issue des combats ne faisait hélas plus guère de doute, l’épouse (légitime) du président Lebrun, escortée d’un peloton de ministres, se rendait à la basilique de Montmartre pour y entendre le cardinal Suhard consacrer la France au Sacré Cœur.
A l’approche menaçante des municipales et dans la perspective plus sinistre encore des européennes, nos Excellences socialistes n’en sont pas encore à entonner « Sauvez sauvez Hollande au nom du Sacré-Cœur ! », mais peu s’en faut.
Le déplacement de Manuel Valls et d’Arnaud Montebourg dans le Vaucluse, avant-hier, faisait irrésistiblement penser aux processions jadis organisées chez nous et aux danses sacrées effectuées par les Indiens Hopis dans l’espoir de faire tomber la pluie sur un sol craquelé par une longue sécheresse.
A défaut de pouvoir annoncer, l’un des résultats positifs en matière d’ordre public, l’autre des créations d’emplois, le ministre de l’Intérieur et son collègue préposé au Redressement productif ne pouvaient évidemment que se livrer à des incantations et annoncer « le retour de la République » dans un département qu’on ne savait pas qu’elle avait déserté. Il est clair que l’on avait affaire à des démonstrations de pensée magique telles qu’ont pu les décrire Claude Lévi-Strauss et l’anthropologie moderne chez les Tupinambas, les Bororos et les Mélanésiens.
Pur hasard, chacun l’aura noté, et simple coïncidence, après la visite de Manuel Valls, en octobre dernier, à Forbach où Florian Philippot a quelques chances d’être élu, les deux légats du président se sont rendus à Sorgues où la liste de Marion Maréchal Le Pen part favorite, à Orange qui réélit depuis dix-neuf ans Jacques Bompard, et c’est maintenant le Nord qui est inscrit sur l’agenda de la prochaine tournée des deux ministres, avec sans doute au programme une cérémonie d’exorcisme à Hénin-Beaumont, tout près de succomber à la cour effrénée de Steeve Briois et Marine Le Pen.
Rendons donc l’hommage qui lui est dû au courage des deux ministres du culte socialiste qui, au risque d’être capturés, jetés dans une marmite d’eau bouillante et dévorés par les sauvages électeurs du Front national, n’hésitent pas à se rendre en terre de mission. De mission impossible.( Dominique Jamet)